mercredi 11 mai 2016

Un jour, une question : Acte 2

 

Quel est, pour vous, le moment le plus difficile à écrire : 

avant, pendant ou après une scène érotique ?


Gilles

Partant du principe évoqué juste avant, je n’ai pas un moment plus difficile que d’autres avec mes scènes érotiques (rires !), ils le sont tous et demandent beaucoup d’attention ! Je les ai amenées au moment opportun, en cet instant où tout bascule entre deux personnes (ou plus), et l’intégration - en amont avec les préliminaires et en aval, après la jouissance - doit être tout simplement vécue sans heurt par le lecteur et ne pas faire tache. Le moment sexuel doit être noyé dans le récit et glisser sans accroc dans l’imaginaire du lecteur, de la même manière que la scène d’action juste avant ou une description arrivant ensuite, par exemple. 

Il subsiste souvent des difficultés à résoudre au moment de la relecture : La fréquence et l’intensité émotionnelle de la scène. Le dosage doit être parfait, le vocabulaire, l’enchaînement, tout doit ressembler à quelque chose de concret et surtout de beau, de vivant, de vrai. 

Il faut être authentique et rester en adéquation avec les possibilités humaines. Un homme qui ferait l’amour cinq fois le matin, autant le midi et participerait le soir même à une orgie avec trois femmes... Personne n’y croirait et ce serait asphyxier tout le scénario à cause d’une fréquence impossible et un afflux de scènes aberrantes. 

Ensuite, il y a la scène en elle-même et une fois relue, corrigée, elle doit me procurer de l’envie, du désir, de l’excitation, sinon je sais que je me suis fourvoyé et je la reprends. 

Il en va de même pour les dialogues, les soupirs, les râles de plaisir au cours d’une scène érotique. Cela doit coller à la réalité du moment, de l’époque, des liens amoureux ou non des personnages, de la position, du genre de la scène, tendre ou bestial, etc. C’est très difficile d’imaginer, par exemple, si nos Rois exprimaient leur jouissance comme le dernier des roturiers, avec un vocabulaire de charretier ou s’ils gardaient leur réserve de façade. 

Le détail le plus difficile à transcrire reste certainement l’orgasme. La jouissance, qu’elle soit féminine ou masculine, est un moment très personnel, vécu différemment selon les individus. J’y fais très attention et j’essaie toujours de soigner cet instant privilégié. 

Je ne parlerai même pas des recherches historiques à faire, comme pour les sous-vêtements du XVIIe siècle par exemple... Un vrai casse-tête ! 

En conclusion, le « moment difficile » est un doux euphémisme pour traduire tous les écueils et pièges de la littérature érotique ! 


Valéry :

Avant, sans le moindre doute ! 

J’écris de l’érotisme depuis 8 ans, maintenant, et je constate vraiment que j’ai pris une certaine aisance à ce sujet. D’ailleurs, c’est flagrant quand je reçois les corrections éditoriales de mes éditrices : les parties de mes textes qui sont les plus vierges de propositions de corrections sont toujours les scènes de sexe, et de manière vraiment très nette. Je suis très à l’aise à ce sujet et la difficulté, généralement, pour moi, c’est justement d’emmener mes personnages là où je le veux. A ce moment précis de l’intrigue, à cet instant précis de leur évolution. Tant que je ne les ai pas fait parcourir le parcours nécessaire pour arriver juste là où je le voulais, je ne peux pas écrire cette scène. Par contre, quand ils y sont, quand tout en amont a été fait pour qu’ils puissent en arriver là, l’écriture va toute seule et, souvent, c’est d’ailleurs là les rares moments où je peux enchaîner les mots à une grande vitesse et écrire des pages et des pages sans difficultés. 

L’après est moins difficile : parce que l’étape est franchie (la scène de sexe en érotisme, c’est toujours ça, d’ailleurs : une étape). 

Non, sans hésitation, c’est sur l’avant que je peine. Mais c’est tant mieux ! J’ai coutume de dire à ceux qui s’interrogent sur le fait que l’on puisse sans cesse se renouveler sur l’écriture d’une scène de sexe, qu’en fait, l’auteur n’a pas à chercher à se renouveler en écrivant une scène de sexe ; il a à chercher à faire des personnages cohérents, qui vivent leur propre histoire, avec leurs personnalités propres, avec leur vécu propre, avec leur évolution personnelle, de l’instant… et que, du moment où on a ça : cette justesse-là dans l’approche des personnages, la ou les scènes de sexe qu’ils vivent ne peuvent qu’être originales, parce que ce sont les leurs, à un moment précis, et qu’aucun autre personnage ne peut en vivre d’équivalentes. Donc, l’important (et le plus dur), c’est l’avant. 

Valéry K. Baran


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Gilles Milo-Vaceri


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Sommaire


Introduction

Acte 1 – Comment nait un roman érotique dans votre esprit ? Est-ce d’abord une scène puis vous brodez autour, ou l’histoire dans son ensemble que vous saupoudrez de scènes ? 

Acte  2 – Quel est, pour vous, le moment le plus difficile à écrire : avant, pendant ou après une scène érotique ? 

Acte 3 – Vous fixez vous un but quand vous écrivez une scène érotique ? Si oui, lequel ? 

Acte  4 – Que pensez-vous de l’usage des préservatifs dans les scènes érotiques ? 

Acte 5 – Quelles sont vos limites (douleur, scarification…) ? 

Acte 6 – De votre point de vue, qu’est-ce que les livres érotiques ont de plus ou de moins par rapport aux autres romances ?

Conclusion

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