mercredi 22 août 2018

L'écriture... et Anna Briac (Anne Ferrier)



Aujourd'hui, je vous présente : Anne Ferrier pour la jeunesse et les romans ados / Anna Briac pour les romans adultes (Liiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiam !!!!! pardon, ça m'a échappé).

Anna Briac (un pseudonyme) est professeur de français.

"L’Écossais" (2017) est sa première romance.

 Elle vit dans le Haut-Jura avec son mari et ses enfants.


✘ Travail à côté
Hélas (ou pas hélas, ça dépend des jours. En général, j’adore mon métier), travail à temps complet à côté : je suis prof de français, je corromps les douz-quinzans en leur lisant des livres.
Entièrement dévouée à l’écriture


Comment as-tu commencé à écrire ? 


J’ai toujours adoré lire, et jamais je ne m’étais imaginée en écrivain, et puis un jour, je me suis retrouvée inscrite de force dans un atelier d’écriture avec un auteur. J’étais en pleine formation professionnelle, j’avais le choix entre ce truc étrange « d’atelier d’écriture », et une formation informatique (mais curieusement, sans ordinateur : je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître). L’auteur avait une barbe de Père Noël, je me suis dit que ce serait toujours moins pénible de bidouiller un truc à l’écrit « pour faire semblant », plutôt qu’apprendre à nommer « la souris » et « l’écran » : j’ai filé dans la salle atelier.

Moi, je n’avais jamais écrit, à part les poèmes de fête des mères du primaire (de purs chefs d’œuvre, croyez-moi sur parole) et les (délicieux, souriants et lumineux) textes de l’adolescence. Et bien ce jour-là, il s’est passé une sorte de miracle : je me suis trouvée. J’étais pile à ma place. Un truc de dingue : j’ai adoré, c’était tellement simple, et joyeux et drôle et ça résonnait en moi ! Je n’ai plus jamais arrêté, des concours de nouvelles pour commencer, puis jeunesse pour mes premières tentatives éditoriales, et enfin adulte depuis peu.

J’ai eu de la chance : mes premiers textes envoyés à des éditeurs ont trouvé preneur immédiatement. C’est après, bizarrement, que j’ai connu le principe si déprimant des lettres de refus. Alors j’ai lu Ecriture, de Stephen King (merci à toi, pour tout, pour toujours et à jamais !), et j’ai affiché au-dessus de mon bureau un récapitulatif des best-sellers et de leur nombre record de refus chez les éditeurs (tout le monde connaît le destin de JK Rowling, mais savez-vous que Dune a été refusé 19 fois ! Pile comme Sa Majesté des mouches, et tant d’autres…).


Dernières publications  



En adulte, L’Écossais chez Charleston, une romance roudoudou pleine de trucs-qui-font-du-bien et avec de véritables morceaux de loch battu par les vents et de cornemuse désolée inside. Sans compter Liam. Ah, Liam…

En adulte toujours, auto-édité parce qu’il paraît que la bitlit ne fait plus recette dans l’édition traditionnelle, Le chant de l’encre, un roman fantasy doublé d’une romance, une histoire certifiée sans aucun loup-garou ni vampire, mais avec d’autres créatures redoutables (et une héroïne badass qui manie le sarcasme avec brio).

En ado, Encore faut-il rester vivants, chez Magnard, un roman post-apo que j’avais envie d’écrire depuis tellement longtemps ! Il vient d’ailleurs de gagner un super prix, je suis trop fière !

En jeunesse, Mon extra grand-frère, chez Utopique, un album pour parler du handicap (je l’ai écrit en pensant à un enfant trisomique, mais les petits lecteurs m’ont déjà dit y voir leur sœur autiste, leur voisin en fauteuil roulant, ou leur cousin sourd : j’adore l’ouverture des petits, c’est toujours un vrai miracle de justesse et de bonté).



Relirais-tu ton premier roman / première nouvelle ? 


Je suis régulièrement obligée de le faire (en jeunesse, on est souvent invité dans des classes, et on relit ses propres albums/romans…) : et bien figurez-vous qu’on finit par s’y faire, et après avoir songé très sérieusement à la défenestration (mais de la fenêtre du rez-de-chaussée, faut pas déconner, quand même) ou au suicide par ingestion massive de chocolat, on en arrive même à ressentir une certaine affection bienveillante pour ces écrits si lointains…

Naaaan, je vous rassure, en vrai c’est insupportable à relire, et on a envie de déménager sur une autre galaxie tellement on a honte !

C’est clair, je n’écrirais plus ces textes comme ça, certains passages me filent de l’urticaire, mais… c’est fait. Et les lecteurs ont aimé. Alors je fais avec. Ce qui est chouette, c’est qu’on se rend compte qu’on a sacrément évolué (dieu merci !) et qu’il reste encore autant de potentiel de progression, et ça, qu’est-ce que c’est positif !



L’écriture au quotidien 


Décrivez-nous comment vous aimeriez écrire (rythme, journée type…) 


Comment j’aimerais écrire ? Je peux intégrer aussi 15 kilos de moins dans le fantasme ? (parce que plus légère, la main court plus efficacement sur le clavier, c’est évident, non ? )

Alors, dans le meilleur des mondes, je vivrais dans un très grand chalet au fin fond du Canada, voire de l’Alaska, avec une vue délirante sur le lac et les bambis de la forêt qui viennent s’y abreuver (si, c’est essentiel dans ma routine d’écriture fantasmée !). Je me lèverais de bonne humeur, j’irais courir une heure tous les matins avant de commencer à écrire. Je me ferais couler une simple et unique tasse de café et hop, assise devant l’écran, je n’aurais plus qu’à laisser s’écouler les phrases, de mon cerveau au clavier. Simple, agréable, fluide, efficace, sans jamais douter ni coincer, et le tout merveilleusement beau. Le pied. Une journée entière à écrire sans tension, dans l’euphorie de la création, en jetant des coups d’œil aux reflets sur le lac par la baie vitrée. Le silence, aussi. Ah, le silence… Et bien sûr, mes romans seraient achevés en trois mois, puis à peine de correction tellement ce serait formidablement écrit, publication deux fois par an, en prenant le temps de se ménager des vacances romantiques au soleil.

Voilà, ça, c’est une journée type fantasmée. Tiens, j’aurais même le temps de faire de la méditation !



Réalité 


Ah, le réel… Ce truc dégueulasse qui te sabote le quotidien…

Déjà, quand le réveil sonne, j’ai juste envie de mourir, et malgré les litres de café en intraveineuse, j’ai du mal à être de bonne humeur. Il faut dire qu’il fait aussi froid qu’au Canada, mais que dans le réel, c’est vachement moins fun, -25°. Allez comprendre. Je cours, mais seulement jusqu’à ma voiture pour aller bosser au collège et quand je reviens, ravie mais rompue d’avoir tenté d’émerveiller les ados des autres au pur bonheur de la prose shakespearienne (sans déconner, comment peut-on être hermétique à l’ironie de Shakespeare ?), je dois écouter mes ados à moi s’invectiver d’un étage à l’autre parce qu’un câble de je ne sais quoi a disparu de la chambre de l’un, ou que l’autre a truandé son tour de lave-vaisselle. De l’aventure, du mystère, de la paillette, du rire et de la joie. La vie, quoi^^. Bref, quand il est 21h, j’arrive à me traîner au bureau, j’allume l’ordi, et là, je me rends compte que j’ai oublié de finir de corriger mon paquet de copies à rendre pour le lendemain. J’éteins l’ordi, je soupire, et je prends mon feutre rose... So thrilling, le réel.

Bref, il me faut six mois pour écrire un roman.


Votre partie préférée 


Pour moi, écrire, c’est plus de doutes et de souffrances que de joies, mais ces joies sont tellement intenses qu’elles valent le coup d’endurer tout le reste. C’est, j’imagine, comme gravir l’Everest (enfin, il y a peut-être des gens qui font ça les doigts dans le nez, quoique ce soit moins pratique pour tenir son piolet, mais moi je manquerais de mourir à chaque pas). J’alterne entre phases de doutes aigus, désespoir absolu, et moments où ça roule tout seul, autoroute des vacances et instants carrément euphoriques lorsqu’un élément qui bloquait se décoince tout seul (en général, pendant une longue balade, et après des semaines où j’ai forcé sur ce point de crispation sans jamais réussir à le résoudre).

Ma partie préférée, c’est sans doute lorsque j’ai trouvé le ton. Je réécris souvent mon début de roman, jusqu’à trouver la « voix » qui me semble incarner au mieux ce que je veux transmettre. Je teste, 1ere ou 3e personne, passé ou présent, phrases longues ou courtes, humour ou moins, … Quand j’ai saisi le bon fil au milieu de la pelote, c’est un vrai plaisir de commencer à faire vivre mes personnages. Il m’arrive aussi d’écrire en priorité les scènes qui me font vibrer, même si elles prennent place tout à la fin de l’histoire, parce que j’ai trop envie de « vivre » ce premier baiser, ce combat contre le Super Méchant, ou cette scène de retrouvailles familiales. C’est mon dessert à moi, mon plaisir coupable, ma façon d’échapper au réel bruyant sus-mentionné^^, et j’entends bien en profiter.

Je suis moins fan des scènes sensuelles (alors que venant de la littérature jeunesse, au début, j’étais ravie d’aller au-delà du chaste baiser traditionnel du YA), parce que je trouve que c’est assez compliqué de ne pas tomber dans le répétitif ou le carrément vulgaire.

Il m’arrive aussi de ne pas savoir comment je vais raconter telle ou telle scène (ou de ne pas avoir envie de la raconter, pour diverses raisons, la paresse en étant une majeure !) : je laisse de côté, je mets des « xxxxxxx » dans le corps du texte, je passe et j’écris la suite. Et quand j’y reviens, ça coule tout seul. Souvent, je redoute la fin du roman, parce qu’il va falloir se séparer de personnages avec lesquels j’ai vécu, mangé, dormi, souffert, ri, aimé, pendant des mois. Alors je procrastine, je deviens reine de la stratégie d’évitement pour ne pas faire mes adieux à mes héros.

De façon générale, j’écris « au kilomètre », j’avance le plus possible, et je retravaille mon texte justement quand j’ai des phases de moral down. Ça me permet de souffler et de retrouver de l’énergie.


Votre technique de relecture/correction 


Je pleure et je me lamente et je me dis que c’est la pire phase de l’écriture et que plus jamais on ne m’y rependra à écrire un nouveau roman ?

Plus sérieusement, je relis sur mon iphone ou ma liseuse, un bloc-notes à la main pour noter les éléments à corriger : je trouve que le texte prend une dimension différente quand il n’est plus sur mon écran d’ordinateur. Et puis, comme tout le monde j’imagine, je fais des passages de vérification avec certains mots que je sais utiliser beaucoup, pour éviter les répétitions. Je surligne par code couleur pour vérifier l’avancée des sentiments des héros, la cohérence de la chronologie ou les mentions du boulot de l’héroïne, ... Surtout, j’envoie à des bêtas lectrices (merci mesdames, gratitude éternelle !) qui pointent ce qui leur semble bancal. Et je retravaille en fonction de leurs pistes. Quand arrivent les corrections éditoriales, pour éviter de me laisser gagner par le désespoir, je reprends commentaire par commentaire, sans JAMAIS regarder tout en haut de la montagne pour éviter de contempler tout ce qu’il reste à grimper. La tactique de l’autruche, quoi. Très efficace en ce qui me concerne.

Pour synthétiser, la vraie technique de correction, la plus importante, celle sans laquelle je ne saurais plus faire, c’est vraiment la bêta-lecture. Je n’adopte pas toutes les suggestions qui me sont faites, mais si deux lectrices butent sur la même scène, c’est qu’il y a un problème, et je retravaille.


Anecdote liée à l’écriture.


Pas simple de choisir…

Je vais en choisir un en jeunesse, tout d’abord. Un jour, alors que j’étais invitée en tant qu’auteur dans une classe de 5è, et que tous les enfants quittaient la salle à la fin de mon intervention, j’ai vu revenir en cachette un garçon au look de parfait rebelle et à l’œil au beurre noir, récolté, je l’imaginais, lors d’une bagarre de cour de récré. Il m’a chuchoté à toute vitesse : « Vous savez, j’ai adoré votre roman. Je ne lis pas d’habitude, mais dans vos livres, on voit que vous aimez les animaux, ils ont autant d’importance que les humains. Et moi, j’aime les animaux. Eux, au moins, ils ne font jamais du mal volontairement. Ils n’ont pas de ceinture pour fouetter et pas de mots pour blesser exprès. » Il a filé avant que j’aie le temps de dire quoi que ce soit. J’ai discuté avec le prof, et j’ai compris que l’œil au beurre noir ne venait pas de la cour. Je continue à glisser des animaux dans mes histoires, dès que je le peux, pour tous les petits garçons comme lui…

Une anecdote plus joyeuse, cette fois : j’ai découvert cette année le public adulte dans le cadre du Festival du roman féminin, et… oh my god !!! Mais quel bonheur ! J’adore rencontrer des enfants, mais les échanges avec des lectrices et des lecteurs qui ont choisi de lire mon roman (ben oui, je ne me leurre pas, je suis prof aussi, je sais bien quelle tête font nos ados quand on leur dit qu’il va falloir lire le roman Machin pour dans un mois…^^), et qui l’ont tellement aimé qu’elles et ils viennent m’en parler, c’est indescriptible. Un bonheur rare, puissant, d’une intensité folle, qui vous nourrit l’ego pour des semaines !


Merci beaucoup Anna (oui, pour moi tu es et resteras Anna, celle qui tatoue des écureuils sur les fesses de ses personnages !).
De mon côté, je kiffe son bouquin l'Écossais (et Le chant de l'encre est dans ma PAL... Oui, elle est monstrueuse ma PAL, et alors ?!)

1 commentaire:

  1. Très touchante, l'anecdote avec le garçon à l'œil au beurre noir. ♥

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